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Severiano de Heredia, le premier maire noir de la ville de Paris

Severiano de Heredia était un homme politique biracial  d’origine cubaine, un républicain de gauche, naturalisé français en 1870, qui fut président du conseil municipal de Paris du 1er août 1879 au 12 février 1880, faisant de lui le seul natif du continent américain qui fut nommé au poste de maire de Paris  et le premier maire d’origine africaine d’une capitale du monde occidental.

En 1880, il succède à Victor Hugo à la présidence de l’Association philotechnique. Il a servi à la Chambre des députés de 1881 à 1889 et a été brièvement ministre des Travaux publics dans le cabinet de Maurice Rouvier en 1887, au moment où la tour Eiffel a commencé à être construite, et où il a planifié et supervisé la construction de certaines des plus belles autoroutes françaises. On pense qu’il est un cousin du célèbre poète français José-Maria de Heredia.

Severiano de Heredia est né à Matanzas à Cuba, de Henri de Heredia et de Beatrice Cardenas.  Il aurait été le fils naturel de son parrain Don Ignacio Heredia y Campuzano-Polanco marié à la française Madeleine Godefroy, qui l’a adopté et l’a envoyé en France à l’âge de 10 ans pour ses études ; fréquentant le Lycée Louis-le -Grand à Paris. Il a demandé la nationalité française qui lui a été accordée en vertu du décret ministériel du 28 septembre 1870.

Il épousa à Paris, le 3 novembre 1868, Henriette Hanaire, dont il eut un fils en 1869, Henri-Ignace, et une fille, Marcelle, en 1873. Son fils mourut dans un accident à Wimereux à l’âge de douze ans et fut inhumé au Cimetière des Batignolles le 4 septembre 1882. Sa fille étudie à la faculté de médecine de Paris, devient neurophysiologiste de renom  et forme une équipe avec son mari, le neurophysiologiste Louis Lapicque.

À la mort de son parrain en 1848, Severiano de Heredia hérite de sa richesse et se lance dans une carrière de poète et de critique littéraire. En 1871, alors qu’il assumait le rôle de conciliateur , il publia un essai politique intitulé «Paix et plébiscite»  dans lequel il plaida pour une fin démocratique de la guerre franco-prussienne .

Il entre en politique en tant que républicain radical et est élu en avril 1873 pour être membre du conseil municipal de Paris pour les quartiers des Ternes et de la Plaine-de-Monceaux . En 1879, il fut élu président du conseil municipal de Paris, et en août 1881 membre de la Chambre des députés, où il resta jusqu’à ce qu’il soit vaincu aux élections de 1889 par un opposant boulangiste. Le 30 mai 1887, il est nommé ministre des Travaux publics dans le gouvernement de Maurice Bouvier, jusqu’au 11 décembre 1887. En se retirant de la politique, il se consacre à l’histoire de la littérature.

Severiano de Heredia était également un franc-maçon actif. Initié en 1866 dans la loge “Étoile polaire”  de Paris, il devint Maître Adorateur de sa loge, puis Député du Grand Orient de France en 1875, et Président de l’Orphelinat maçonnique. Dans ce cadre, Severiano de Heredia a participé au premier Congrès français des droits des femmes en 1878, en tant que représentant français du Comité d’Initiative prévu, au Grand Orient maçonnique.

Severiano de Heredia était un progressiste radical et un libre-penseur laïque, ayant combattu en faveur de l’école publique et de la formation continue. En tant que fervent défenseur de la séparation de l’Église et de l’État, il a joué un rôle très actif dans la lutte pour l’éducation gratuite, laïque et obligatoire, la formation professionnelle et la création de bibliothèques municipales.

Severiano de Heredia est mort d’une méningite chez lui à Paris, le 9 février 1901. Quelque cent dix ans après sa mort, l’historien Paul Estrade n’a trouvé aucune reconnaissance publique restante pour sa carrière dans sa biographie minutieusement étudiée. La Mairie de Paris a annoncé en 2013 qu’une passerelle dans le 17e arrondissement de Paris sera dédiée à de Heredia au nom de l’égalité et de la diversité. En 2015, une passerelle devant un nouveau bâtiment a été nommée rue Severiano de Heredia. Lors de la cérémonie de nomination, la maire de Paris de l’époque, Anne Hidalgo, a pris la parole: “Le premier maire noir de Paris puis ministre de la République française a été rejeté et relégué pendant longtemps parmi les oubliés de l’histoire. Nous sommes ici pour corriger cet oubli coupable.”

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